Métropolitain – 26 mars 2026
Gil Martin
La préfète de l’Hérault met en demeure la Région Occitanie de respecter ses obligations environnementales dans le projet du lycée de Cournonterral sous peine de sanctions.
À Montpellier, EELV, à peine remis d’une élection municipale catastrophique, repart en campagne… cette fois pour jouer les lanceurs d’alerte en signifiant que la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet a mis en demeure la Région Occitanie de respecter ses obligations environnementales pour le futur lycée de Cournonterral, un établissement nécessaire à l’ouest de la Métropole mais dont le choix de l’emplacement a fait couler beaucoup d’encre.
Un lycée… sur une zone Natura 2000
Le lycée de 51 millions d’euros est effectivement positionné au sein d’une Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) de type II, et le site est également classée Zone Natura 2000. Avoir placé un lycée sur ce type de zone est déjà une sorte d’exploit… Mais EELV déplore surtout « la destruction de près de 12 hectares de terres agricole dans un espace reconnu pour la richesse de son écosystème, sans compensation effective ».
La préfète déplore « une situation grave »
Pour le parti écologiste, le courrier salé que la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet a adressé à la Région Occitanie pour ne pas avoir mis en place les mesures compensatoires prévues en faveur de l’environnement révèle « une situation grave : l’arrêté préfectoral constate notamment l’absence d’actions concrètes de restauration écologique ».
« La réponse en date du 12 août 2025 du Conseil régional au rapport du manquement administratif confirme la non-exécution des mesures compensatoires »Chantal Mauchet Préfète de l’Hérault
Dans son courrier du 5 mars 2026, les services de l’État semblent aller sans ce sens. Dans son courrier de mise en demeure, la préfète rappelle plusieurs chose à la Région Occitanie (en charge des lycées), et notamment que « les mesures compensatoires doivent être mise en œuvre au plus tard un an après le démarrage des travaux », sachant que l’automne 2023 est ici retenu comme date de début des travaux.
Deux et demi et toujours rien sur le terrain
Mais à ce jour, après plus de deux ans et demi de travaux, les services de l’État (dont la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement d’Occitanie, la direction départementale des territoires et de la mer, le service départemental de l’Office français de la biodiversité de I’Hérault) constatent « l’absence de mise en œuvre des compensatoires prévues à l’article 6 et l’annexe 4 de l’arrêté DREAL-DBMC-2023-283-01 du 10 octobre 2023 ».
Des actions indispensables avant le printemps prochain
La préfète est d’autant plus agacée que le temps est compté dans cette affaire. La représentante de l’État précise en effet que les mesures compensatoires prescrites « relèvent d’opérations soumises à de fortes contraintes saisonnières, rendant indispensable leur mise en œuvre avant le printemps prochain afin d’en garantir l’efficacité écologique ».
Enfin, dans son courrier toujours, elle indique « que la réponse en date du 12 août 2025 du Conseil régional au rapport du manquement administratif confirme la non-exécution des mesures compensatoires et n’apporte pas les éléments suffisants pour attester du retour à la conformité ».
« Il sera pris à l’encontre des bénéficiaires les sanctions prévues… à savoir une amende égale à 45 000 € et une astreinte journalière égale à 1 500 € « Chantal Mauchet Préfète de l’Hérault
De fait, dans ce contexte, la préfère de l’Hérault a décidé de sévir. Elle demande notamment au Conseil régional :
• de certifier la mise en œuvre effective des mesures de compensation prescrites et notamment la gestion des espèces végétales exotiques envahissantes, le retrait des déchets et dépôts sauvages, la pose de clôtures et d’aménagements limitant les accès, la création de gîtes de substitution pour les reptiles, l’ensemencement des sols nus.
• de préciser les conditions de mise en œuvre des passages à faune prévus route de Fabrègues ainsi que le calendrier opérationnel associé.
• d’évaluer les incidences du décalage temporel dans la mise en œuvre des mesures compensatoires sur l’état de conservation des espèces… et d’en déduire, le cas échéant, les mesures correctives ou supplémentaires nécessaires au maintien de l’équivalence écologique…
Une mise en demeure pour le Conseil régional
Enfin, précise la préfète de l’Hérault, « le Conseil régional Occitanie est mis en demeure de transmettre, sous un délai de neuf mois, les éléments permettant de certifier la plantation de linéaires arborés ou arbustifs destinés à renforcer continuités écologiques et la mise en œuvre effective des opérations de débroussaillement et d’ouverture des milieux favorables aux espèces cibles ».
Respect du Code de l’Environnement
Les services de l’État concluent en précisant que dans le cas « où l’une des obligations prévues ne serait pas satisfaite dans le délai prévu, et indépendamment des poursuites pénales qui pourraient être engagées, il sera pris à l’encontre des bénéficiaires les sanctions prévues à l’article L. 171-8-II du Code de l’environnement, à savoir une amende égale à 45 000 € et une astreinte journalière égale à 1 500 € ».
Coralie Mantion : « EELV avait demandé un repositionnement du projet »
EELV estime que cette décision n’a rien de surprenant. Dès 2022, en effet, l’élue Coralie Mantion, alors vice-présidente en charge de l’aménagement du territoire pour la métropole de Montpellier, avait alerté sur « les limites de la compensation environnementale de cet établissement et demandé un repositionnement du projet, avec une réduction de son impact environnemental… Ces alertes ont été écartées sur la base d’arguments (projet trop avancé, financements bouclés, parcelles de compensation acquises, etc…) aujourd’hui contredits par les faits ».
