Terres agricoles de Sablassou : la concertation sera-t-elle décisive ?

laMarseillaise.fr du 25 février 2025

Rémy Cougnenc

Tout en incitant les citoyens à participer à l’enquête publique, les opposants au projet de construction du maire F. Lafforgue redoutent que les élus passent outre l’avis du commissaire enquêteur.

Les élus écologistes dont le député Benoît Biteau (à gauche) sur les terres de Sablassou.

Au milieu des terres agricoles menacées en compagnie du député écolo Benoît Biteau le 7 février. Trois jours plus tard sur le parking d’une entreprise d’insertion de 60 salariés menacée d’expropriation. Qu’ils soient adhérents au parti les Écologistes ou membres d’une association citoyenne, les opposants au projet urbanistique du maire (LR) de Castelnau-le-Lez, Frédéric Lafforgue, se démènent pour protéger le secteur dit de Sablassou.

À l’Est de la commune qui jouxte Montpellier, l’édile est résolu à déplacer la clinique privée du Parc, à l’étroit sur les berges du Lez. Son idée : reconstruire un complexe sanitaire (selon lui d’environ 5 hectares) sur un terrain qui en fait 11 selon les documents officiels de l’OAP (Orientation d’aménagement et de programmation) présente dans le Plan local d’urbanisme intercommunal (Plui) de la Métropole qui doit être voté cet été. Problème : «Il s’agit de la plaine de l’est la plus fertile de la Métropole», objecte Vincent Nourigat. Co-président de l’association In-Pact Occitanie, il est de ceux qui affirment que ces terres agricoles ne peuvent en aucun cas être bétonnées.

«Sur les quatre critères dont deux sont nécessaires, trois sont remplis», affirme-t-il. À savoir : des terres déclarées à la Politique agricole commune (deux terrains bénéficieraient d’aides de la PAC), la présence de terres irriguées (aquifère et eau du Bas Rhône) ainsi que des terres à haute valeur agroécologique, «ce qui est prouvé par une étude d’étudiants de SupAgro».

D’ailleurs, Vincent Nourigat est loin d’être le seul à partager ce point de vue. Lors de la première enquête publique réalisée l’an passé, le commissaire enquêteur avait émis un avis défavorable au projet. Pour le président de In-Pact Occitanie, les arguments alternatifs du maire ne tiennent pas debout. «La halte TER évoquée en 2030 serait en zone inondable et SNCF Réseau n’en veut pas avec le pôle multimodal de Baillargues à proximité.» Quant au réel besoin d’infrastructures de santé, Vincent Nourigat répond qu’« il n’y a pas d’intérêt public. C’est avant tout un organisme financier qui fait des profits, pas un service public. Ils ont déjà privatisé le parking près du Lez», illustre-t-il. «La clinique peut très bien rester sur place ou déménager ailleurs, il existe d’autres terrains non agricoles.»

La loi ZAN contournée ?

Jusqu’au 28 février (17h) se tient la seconde enquête publique*. Les associations tout comme les Écologistes incitent les citoyens à donner leur avis. Coralie Mantion croit pouvoir mener ce combat à bout. «Il en va de la souveraineté agricole, on a besoin d’une agriculture locale. Les gens sont aussi attachés au paysage, ils en ont marre de voir les prairies disparaître sous le béton.» Ancienne vice-présidente de la Métropole de Montpellier désormais dans l’opposition, l’élue écologiste déplore la disparition programmée dans le Plui de 750 ha dans la prochaine décennie (600 en extension urbaine et 150 en densification). «Michaël Delafosse dit qu’il est dans les clous de la loi Zéro artificialisation nette (ZAN) mais en réalité, comme les grands projets (Contournement routier ouest, Ligne TGV…) en sont exclus, l’artificialisation réelle des sols sera beaucoup plus grande que la moitié de l’urbanisation de la décennie précédente (1500ha)», déplore-t-elle.

Depuis quelques jours, Vincent Nourigat observe un lobbying de la clinique du Parc qui incite les patients à se mobiliser en faveur du projet. «On va interpeller l’ordre des médecins pour vérifier si c’est légal qu’un établissement de santé fasse ainsi de l’ingérence», confie le militant qui craint une «enquête publique téléguidée». Déjà que «les 98% d’avis défavorables de la première enquête sont passés à la trappe…»

M. Delafosse discret

Certains élus montent aussi au créneau pour défendre le projet. C’est le cas de l’ancien maire et sénateur Jean-Pierre Grand (DVD) qui taxe les opposants de «Khmers verts», d’«extrémistes irresponsables» ou de «guignolos» qui «trompent les Castelnauviens». Des propos «hargneux» qualifiés d’«inacceptables» par l’élu d’opposition à Castelnau, Richard Corvaisier. Quant au président de la Métropole, qui doit faire adopter le Plui cet été, il se fait plutôt discret sur l’épineux sujet. «Michaël Delafosse ne soutient pas le projet à 100%. Il proposait à Lafforgue de se contenter des logements, pas de la clinique», rapporte Vincent Nourigat de leurs échanges. Selon lui, «ce Plui n’est pas parfait mais comparé à l’époque Philippe Saurel, il y a des progrès sur l’urbanisation. Mais il manque de la concertation pour éviter la contestation…»

* Pour participer: www.registre-dematerialise.fr/5904/