Le Parisien du 22 février 2024
Christian Goutorbe
Face à la fronde des maires de petites communes de la métropole montpelliéraine – et même de certains écologistes – contre l’exclusion des véhicules Crit’Air 3 de la circulation, un moratoire à la verbalisation a été accordé.
Goguenards et soulagés, les joueurs de pétanque de Saint-Brès (Hérault), à l’est de l’agglomération de Montpellier Méditerranée, sont détendus depuis le 13 février. Ce jour-là, les conseillers métropolitains ont adopté à la quasi-unanimité un moratoire pour l’application, avec verbalisation, des règles de circulation dans la ZFE (zone à faible émission) qui englobe 11 communes autour de Montpellier (Hérault).
C’est là que sont concentrées les zones d’activités, les grands commerces, les centres de santé. « Sans report, nous étions tous en grande difficulté avec nos véhicules Crit’Air 3, des Citroën C4, C15, des Peugeot 306… Si nous roulons avec, c’est parce que nous n’avons pas les moyens de les changer », expliquent en chœur Henri, Joël, René et Patricia.
« Pour beaucoup d’habitants, se déplacer serait devenu un casse-tête, assure Laurent Jaoul, maire de Saint-Brès et principal animateur de la contestation. En 2022, nous n’étions que quatre maires à nous opposer pour finir à 23 communes sur 31. En décembre, nous avons été rejoints par les écologistes dissidents de Montpellier et les opposants au président de la Métropole. Menacé d’être mis minorité, l’exécutif a proposé ce moratoire. C’est une victoire pour nous ! »
Un moratoire… jusqu’aux élections municipales
« Le vote du 13 février n’a strictement rien changé à la ZFE. C’est juste une clarification. Il n’a jamais été question de verbalisation à la métropole. C’est l’affaire de l’État », affirme Julie Frêche, la vice-présidente aux transports, qui ne veut pas entendre parler de rétropédalage, ni de volte-face. « À Montpellier, cette ZFE est nécessaire puisque la pollution de l’air est au-dessus des normes, elle engendre 675 décès prématurés par an. Elle a déjà porté ses fruits puisque les véhicules Crit’Air 3 ont diminué de 40 % (47 684) et que les Crit’Air 4 et 5 sont en voie de disparition, à 4,8 % du parc automobile. »
La verbalisation était pourtant bien au programme. Les maires avaient été conviés, le 10 décembre 2024, en préfecture de Montpellier pour parler de l’installation de radars lecteurs de plaques et verbalisateurs dans l’optique de les faire « tourner » à partir du 1er juillet 2025. « Il n’y a pas d’aides proposées aux Montpelliérains les plus précaires pour changer de véhicule. Sans accompagnement, il ne peut y avoir une transition climatique », constate Coralie Mantion, présidente du groupe les Écologistes, qui ont quitté la majorité de gauche de la ville.
« Ce moratoire, c’est aussi pour le président Michaël Delafosse (le maire de Montpellier) une mesure purement électorale, la verbalisation est reportée après les élections de 2026 », insinue l’élue. « J’avais anticipé pour bénéficier d’une dérogation petit rouleur à 8 000 km par an. Mais je ne comprends pas grand-chose à tout ça », reconnaît une Montpelliéraine qui traverse une partie de la ville pour rejoindre son cabinet à Mauguio (Hérault) à bord de sa Volkswagen de 2007 Crit’Air 3. Une alerte PV s’affiche toujours sur l’application de guidage des voyageurs de passage sous prétexte qu’ils entrent « dans une zone à accès limité Crit’Air nécessitant un pass ». Pas de panique, la ZFE reste virtuelle… jusqu’en 2027.