Métropole de Montpellier / ZFE : rien ne change, mais c’est mieux en l’actant

ACTU.FR / 13 FEVRIER 2025

Cédric NITHARD

Les élus de la Métropoles de Montpellier ont adopté un moratoire sur la ZFE, actant qu’aucune verbalisation ne sera réalisée d’ici 2027.

Conseil de Métropole de Montpellier
Conseil de Métropole de Montpellier (©CN / Métropolitain)

Depuis son adoption à une large majorité en 2021, plusieurs élus de la Métropole de Montpellier ont changé leur perception de la Zone à Faibles Émissions. D’autant plus après le passage au 1er janvier 2025 de la troisième phase de sa mise en place avec l’interdiction des véhicules Crit’Air 3, soit près de 60 000 dans la métropole selon les données du ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. Si aucune verbalisation n’a été dressée jusqu’à présent et que la collectivité ne compte pas appliquer de sanction en ayant toujours défendu une « ZFE pédagogique »un moratoire a été adopté ce jeudi 13 février figeant la situation actuelle. Ou comment, par un simple voeu, contenter politiquement tout le monde à un an des municipales.

Une victoire dans le temps

La Métropole de Montpellier et son président Michaël Delafosse reculent-ils sur la ZFE ? Lors du conseil de décembre dernier, plusieurs élus par la voix du maire de Castelnau-le-Lez Frédéric Lafforgue avaient proposé de « sursoir le calendrier actuel de déploiement de la ZFE et de soumettre au conseil de métropole un nouveau calendrier par la proposition d’un moratoire concernant l’application de la ZFE permettant ainsi la prolongation de la circulation des véhicules Crit’Air 3 au sein de la métropole ». Un moratoire, par l’intermédiaire d’un voeu, qui a donc été adopté (86 pour, 3 contre et 3 abstentions) par les élus métropolitains ce mardi 13 février et qui prévoit comme le mentionne le texte de notamment « maintenir solidairement la trajectoire fixée par la délibération du 25 janvier 2022 » et que « un moratoire sur la verbalisation soit mis en place jusqu’en 2027 ». Une date à laquelle le conseil devra également se prononcer quant à l’extension du périmètre de la ZFE. En résumé, rien ne change par rapport à la situation actuelle, mais ce moratoire est suffisant pour que chacun y voit une victoire.

En premier lieu Alenka Doulain qui dénonce d’abord : « Sur la méthode, la réception d’un voeu la veille à 19h est une insulte à la démocratie métropolitaine » et y voit « un révélateur de l’impréparation et du caractère brouillon de votre gestion de la ZFE ». Avec le vote du moratoire, l’élue d’opposition montpelliéraine « célèbre une victoire. En 2022, nous étions bien seule avec Clothilde Ollier à dénoncer ce calendrier intenable alors qu’aucune solution n’était proposée aux classes moyennes et modestes » et d’asséner à Michaël Delafosse : « Vous avez enfin bougé au prix de quelle mobilisation. Combien de temps aura-t-il fallu pour que vous reconnaissiez que cette ZFE était impossible à mettre en place car injuste socialement ». Attaquant la politique des mobilités à l’echelle de la métropole de la majorité, qu’elle juge insuffisante, Alenka Doulain déplore : « Nous devons être à la hauteur et proposer des solutions aux habitants de ce territoire. Malheureusement, vous n’avez pas compris qu’aujourd’hui la plupart des habitants hors de Montpellier qui sont dans une voiture n’ont pas d’alternative à la voiture individuelle ».

Une victoire politique

Laurent Jaoul peut également revendiquer une victoire après avoir été un des principaux meneurs du combat contre la ZFE ces derniers mois. « C’est une réponse à la demande de 23 maires de notre métropole, » rappelle-t-il, « C’est une décision un peu tardive, mais qui marque une première victoire pour ceux qui, comme moi, sont opposés à cette ZFE. C’est même une victoire politique. Le fait que nous aillons ce débat est la preuve que cette ZFE dans sa forme actuelle est injuste et inapplicable ». Le maire de Saint-Brès tempère pour autant : « Mais soyons clair, ce moratoire ne règle rien sur le fond et ne fait que repousser le problème de deux ans. C’est un compromis politique, un texte, que certains qualifient d’équilibriste, qui tente de satisfaire les opposants et les partisans de la ZFE sans apporter de solution ».

Pas vraiment une victoire totale donc, mais qui ne l’empêche pas d’ironiser : « Permettez-moi ce matin de sourire en imaginant certains élus, hier encore fervents défenseurs de la ZFE, qui s’apprêtent à voter un moratoire qu’ils combattaient il y a encore quelques jours. J’appelle cela la politique du cul entre deux chaises. Visiblement la qualité de l’air a bien changé ce matin et certains ont soudain découvert qu’écouter les citoyens pouvait être utile ». Si Laurent Jaoul savoure l’instant à la Métropole de Montpellier, le combat ne s’arrête pas. « Nous devons aller plus loin. Cette ZFE imposée sans réelle concertation, dictée par l’État est une aberration sociale et économique qui fragilise nos communes et pénalise nos citoyens. Ce moratoire est un sursis. C’est une belle avancée mais pas une solution. Nous sommes nombreux à poursuivre un objectif clair : l’abrogation pure et simple de la ZFE » et d’appeler en conclusion au combat parlementaire pour « l’abandon totale de cette mesure au plan national ».

Une victoire personnelle

Du côté des écologistes dissidents de la majorité, ce moratoire, contre lequel ils ont voté, est une nouvelle occasion de monter à la charge contre l’exécutif. Comme à son habitude, le ton grave, François Vasquez ne fait pas dans la demi-mesure en s’adressant aux autres élus de l’assemblée : « On nous dit dans deux ans il y aura une règle, mais on la met en place maintenant sans la mettre en place tout en la mettant en place. Pourquoi ? Si on n’est pas capable de faire respecter la règle c’est que la règle n’existe pas. Cette tartufferie se colportera comme une rumeur qui va parcourir la population discréditant les élus qui l’on voté. Quand c’est une collectivité toute entière qui est hypocrite alors on atteint le degré le plus élevé du vice. Le bon sens populaire vous pointera du doigt et vous serez éclaboussé pour longtemps par ce ridicule abouti. La politique du mouton suiveur est sans excuse. Beaucoup trop d’entre nous n’ont pas le courage de leurs opinions de couloir ». Et de conclure toujours aussi sec envers l’assistance : « Vous le savez, il y a tromperie sur le moratoire, alors pourquoi nous ridiculiser toutes et tous par cette proposition ? C’est bien sûr électoraliste, mais ce n’est pas notre sujet. Si vous votez ce voeu, l’esprit français étant redoutable, vous apparaitrez pour longtemps dans une fable ou les ânes n’ont pas peur de montrer leurs oreilles ».

Plus modérée et après avoir insisté sur l’impact de la ZFE sur les foyers les plus modestes, sa camarade Coralie Mantion observe : « Si on veut assainir l’air de Montpellier et de la Métropole, d’autres mesures que la ZFE sont beaucoup plus efficaces comme arrêter les projets funestes et coûteux des deux incinérateurs, stopper le projet autoroutier de contournement ouest -COM- de Montpellier, revoir le sens de circulation des Quatre boulevards, développer l’offre de transport en dehors de la ville centre, mettre en place des zones à trafic limité, adapter la ville aux piétons et cyclistes, aménager le grand territoire pour limiter les déplacements. Moins de voitures valent mieux qu’autant de voitures qui polluent moins ».

Pour la ZFE

Autre élue du conseil à voter contre ce moratoire, Patricia Mirallès qui comme Alenka Doulain a également soulevé à Michaël Delafosse : « Recevoir un voeu la veille à 19h, c’est travailler toute la nuit pour pouvoir vous répondre ». Une intervention dans laquelle la membre du gouvernement regrette : « La loi est effective, vous avez voté. Au 1er janvier 2025, c’est dans le code de la route, la verbalisation existe, elle est mise en place par les maires et les présidents de métropole. Vous avez touché du fonds vert, 11M€ en 2024 et presque 4M€ de subventions en 2025 pour acheter les pannées de signalisation qui devront être mis en place à partir de l’été 2026 ». Des crédits qui ont été utilisés notamment pour le développement des vélolignes lui rétorquera plus tard le président de la Métropole.

Seule personnalité a clairement affirmer : « Je suis pour une ZFE », Patricia Mirallès juge : « L’amélioration n’est pas encore vue à Montpellier avec les embouteillages, les travaux, le report des bustrams… Aujourd’hui, les critères sont catastrophiques. Si les trams sont offerts, je ne sais pas à quoi cela sert si ce n’est pas à améliorer la qualité de l’air » et de préciser le sens de son vote : « Il me semble que l’on abandonne les Montpelliérains et les Métropolitains qui auront le même problème pour changer leur véhicule ».

Un compromis satisfaisant

Satisfait par l’adoption du moratoire pour lequel il a voté « sans état d’âme », William Ars, maire de Cournonterral, tempère les débats : « Je ne sais pas s’il faut voir la victoire des uns contre les autres, j’y vois plutôt un compromis équilibré. On respecte la trajectoire car il un vrai problème de santé public et on tient compte des réalités de terrain. Et je tiens à souligner que l’on a entendu les petites communes ce qui est un signe de dialogue et d’ouverture ».

Ayant porté la demande d’un moratoire en décembre dernier, Frédéric Lafforgue s’est montré satisfait. « Je ne demandais pas un renoncement, mais de sursoir au calendrier actuel et c’est la réponse que nous avons aujourd’hui à travers ce voeu et ce moratoire ». Le maire de Castelnau-le-Lez indique toutefois son inquiétude : « Malgré ce moratoire, nous avons une épée de Damoclès. Si nous n’avons pas d’amélioration de la qualité de l’air au 1er janvier 2026 on pourrait se retrouver imposée l’application de la ZFE ». Ou comment constater les limites de la collectivité face à l’État…

De l’amertume

Bernard Modot a apporté une autre tonalité dans les interventions. Que sans doute certains ont partagé… Se montrant « amer sur ce moratoire qui reporte de deux ans le sauvetage de l’air » notamment vis à vis « des capitaines des communes de troisième couronne », le conseiller municipal de Lattes, concède : « J’accepterai à contre coeur de soutenir cette motion, mais je voudrai lancer un appel. Oui, nous sommes tous à portée de baffe des électeurs concitoyens que l’on vient déranger dans leur liberté de se déplacer à quatre roues. Oui, nous venons de freiner cette ZFE salutaire pour passer le cap de 2026, un peu comme comme notre gouvernement, nos députés, notre président, mais nous sommes bien des capitaines de cité confrontés aux réalités du terrain. Alors oui, nous venons de nous accorder deux ans de répit où nous allons devoir expliquer et montrer la voie ». En concluant avec un lyrisme désabusé : « Ô Capitaine, mon capitaine, mes capitaines, préparez-vous à être à la hauteur des enjeux de santé de 2027 ».

Pour-Contre ou Contre-Pour

Dans la majorité, Manu Reynaud a rappelé : « Il n’y a jamais eu de sanction et de verbalisation depuis 2022. En réalité, il y a toujours eu ce moratoire sur les sanctions. Depuis le début nous faisons de la pédagogie » et plaide : « Les choses ont fonctionné. Il y a 40 000 véhicules polluants en moins sur le territoire. Cette politique a du sens et il faut continuer à donner la direction et le cap ». Profitant pour envoyer quelques attaques politiques en appelant à « la cohérence », ce qui a justement pu faire sourire certains destinataires dont il partage la même couleur politique, l’élu montpelliérain écologiste demande également à ce que la métropole vote un voeu identique contre le COM.

Hervé Martin, qui avait déjà appelé en octobre dernier à un moratoire sur la ZFE, dirige son attaque. « Nous demandons à ce que l’État mette en place de véritables aides pour que les gens puissent répondre à cette impératif d’améliorer la qualité de l’air. Il faut au moins 10 000€ d’aide. Même le marché de l’occasion a flambé tant le prix du neuf est exorbitant ». Et si l’élu communiste défend l’action de la majorité, il se montre plus ouvert sur la question des voitures : « Nous avons mis en place un certain nombre de dérogation et la gratuité des transports qui permet aux personnes dans la métropole d’avoir des alternatives de déplacement au quotidien et les gens ont la possibilité de prendre de plus en plus le vélo mais ils ont encore besoin de pouvoir prendre une voiture et en particulier quand on est enfermé dans la ZFE ».

Un moratoire de clarification

Pour conclure les débats, Julie Frêche a rappelé une nouvelle fois : « Nous sommes en ZFE depuis le 1er janvier 2022 et aucune verbalisation n’a été dressée et on a toujours dit qu’il n’y aurait pas de verbalisation ». Toutefois, la déléguée aux transports reconnait : « Il y avait une nécessité de clarifier, d’utiliser les mêmes mots sur un sujet très anxiogène pour les habitants. C’est plutôt positif que d’une même voix nous soyons d’accord sur un langage commun sur le fait qu’aucune verbalisation ne sera dressée tout en maintenant le cap en définissant une trajectoire qui reste l’amélioration de la qualité de l’air ».

À cette forme d’inertie imposée à la ZFE, Julie Frêche n’entend pas laisser entendre que rien n’a été fait et s’appuie notamment sur les 10 000 ménages qui ont changé de véhicules depuis 2022 ou la création de la dérogation petit rouleur « qui existe aujourd’hui dans toutes les métropoles en France » accordée à 8 000 véhicules ou celle pour les véhicules roulant au bioéthanol. « Dire que nous avons été petits joueurs sur les mobilités c’est oublier que nous aurons réalisé à la fin du mandat près de 65% des 235km de vélolignes montpelliéraines, 17,5km de rails de tram, 23km de trottoirs, 680 trajets par jour en covoiturages gratuits et rémunérateurs, 44 000 aides à 500€ pour l’achat d’un vélo électrique… » ajoute-t-elle.

Un objectif à garder

« Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de verbalisation qu’il ne faut pas poursuivre nos efforts pour améliorer la qualité de l’air » souligne Julie Frêche qui va dans le sens de Frédéric Lafforgue : « La loi climat et résilience, votée en décembre 2023, dit que lorsqu’un territoire a un dépassement durant trois années consécutives des seuils réglementaires, il peut passer de territoire en vigilance à territoire de ZFE. Ce que peut nous obliger l’État au 1er janvier 2026 ».

En derniers mots, après avoir appelé l’État à prendre ses responsabilités quant à la question des aides et de la gestion de l’autoroute passant en pleine ZFE montpelliéraine, Michaël Delafosse a effectué un ultime exercice de clarification : « À travers ce voeu, nous voterons le moratoire sur la verbalisation, la stratégie d’accompagnement de pédagogie sur la ZFE et, en 2027, il pourra y avoir un débat. Nous sommes aujourd’hui très clairs auprès de nos administrés. Nous leur disons qu’il n’y aura pas de verbalisation ». Ce n’est pas faute de l’avoir répété auparavant…