Métropole de Montpellier : la ZFE mise à l’amende, pas de verbalisation avant 2027

HERAULT TRIBUNE / 13 FEVRIER 2025

Louise BRAHITI

La Métropole de Montpellier a acté, ce jeudi 13 février, la suspension de la verbalisation des véhicules Crit’Air 3 jusqu’à 2027. Une décision qui a donné lieu à un débat houleux au sein du conseil métropolitain, entre partisans de la clarté et défenseurs de l’urgence écologique.

Conseil de métropole 13 février 2024 ©J-P.V / Hérault Tribune
Conseil de métropole 13 février 2024 ©J-P.V / Hérault Tribune

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, Montpellier est théoriquement passée à la troisième phase de sa Zone à faibles émissions (ZFE), interdisant la circulation des véhicules Crit’Air 3 (essence immatriculés avant 2006 et diesel avant 2011). Pourtant, aucune signalisation n’avait été mise en place et aucune contravention n’avait été dressée, laissant planer un flou juridique. Le vote du 13 février a officialisé cette situation en suspendant toute verbalisation jusqu’à la fin du mandat métropolitain, en 2027. Pour Michaël Delafosse, président de la Métropole de Montpellier, il ne s’agit pas d’une “marche arrière” mais “d’une clarification”.

Débat électrique 

Si cette suspension de la verbalisation satisfait une partie des élus, elle a déclenché une vive opposition du côté des écologistes et d’une partie de l’opposition. Pour François Vasquez (Les Écologistes), cette décision est une absurdité : “Si on n’est pas capable de faire respecter la règle, c’est que la règle n’existe pas. Ce texte est une soupe infâme, faite d’hypocrisie et de manipulation. Si vous votez ce moratoire chers collègues, il n’exaucera qu’une seule chose.”

Même tonalité du côté d’Alenka Doulain (MUPES), qui a dénoncé une gestion chaotique de la zone à faibles émissions (ZFE) : “Recevoir un vœu la veille à 19 h est une insulte à la démocratie métropolitaine ! On improvise sur un sujet aussi crucial que la qualité de l’air.” Elle a également souligné que cette suspension ne devait pas faire oublier l’absence de solutions concrètes pour les usagers les plus impactés : “Notre territoire n’a pas été à la hauteur pour accompagner celles et ceux qui doivent changer de véhicule.”

Coralie Mantion (Les Écologistes) salue ce recul, insistant sur la nécessité d’un soutien financier pour rendre la transition écologique socialement acceptable : “Sans fonds de solidarité, la transition écologique n’est pas possible. Ce moratoire ne doit pas masquer l’absence d’un vrai accompagnement pour les plus précaires.”

Certains observateurs voient dans cette décision “une dimension électorale”. À un an des municipales de 2026, ils dénoncent une levée de bouclier afin d’éviter un rejet massif de la ZFE par les électeurs.

Eviter le bras de fer 

D’autres élus ont défendu le moratoire, estimant qu’il répond à “une situation de terrain” où de nombreux habitants et professionnels ne peuvent pas encore se passer de leur véhicule. Le maire de Castelnau-le-Lez Frédéric Lafforgue a plaidé pour une approche pragmatique de la Zone à Faibles Émissions (ZFE). “C’est la sagesse qui me guide”, a-t-il affirmé, rappelant que sa demande de moratoire lors du précédent conseil de Métropole du 10 décembre n’était pas un renoncement mais un simple sursis. “Je demandais tout simplement de sursoir au calendrier actuel.” Il a salué l’écoute du président de la Métropole tout en mettant en garde : “On a une épée de Damoclès : si la qualité de l’air ne s’améliore pas, au 1er janvier 2026, la ZFE pourrait nous être imposée.”

Laurent Jaoul, maire de Saint-Brès, a salué une “première victoire pour ceux qui, comme moi, refusent une ZFE brutale et punitive”, précisant tout de même que ce moratoire ne s’accompagne de solutions, mais représente un simple changement de calendrier : “Des milliers d’habitants de notre métropole vivent avec l’angoisse de ne plus pouvoir se déplacer librement. Nous avons entendu leur détresse. Mieux vaut tard que jamais mais nous devons aller plus loin.”

Bernard Modot, conseiller métropolitain et élu à Lattes, favorable à la ZFE, a jugé avec amertume que le moratoire est un “compromis équilibré” : “On a entendu dans cette grande métropole la voix des petites communes. C’est quand même un signe de dialogue et d’ouverture. Nous nous accordons deux années supplémentaires durant lesquelles nous allons devoir expliquer avec plus de pédagogie la voie”.

Une “ZFE dormante”

La décision de suspendre la verbalisation dans la Zone à faibles émissions (ZFE) de Montpellier a suscité de nombreuses réactions, certains y voyant un abandon du dispositif. Pourtant, Julie Frêche, vice-présidente de la Métropole en charge des mobilités, insiste : “Rien n’a changé, la ZFE est maintenue.” La Métropole, selon elle, applique simplement la stratégie annoncée dès le départ : “Nous avons toujours dit que nous privilégierions la pédagogie. Aujourd’hui, nous sommes en train de construire un langage commun pour apaiser les inquiétudes et définir une trajectoire claire.”

Contrairement à certaines critiques, la Métropole ne reviendrait donc pas sur ses engagements : “Depuis son entrée en vigueur le 1er janvier 2022, aucune amende n’a été dressée, ce qui prouve bien que notre objectif n’est pas de sanctionner, mais d’accompagner”, insiste-t-elle.

Et face aux critiques sur un supposé manque d’investissements dans les mobilités alternatives, Julie Frêche répond avec des chiffres concrets : “Nous aurons réalisé à la fin du mandat près de 65% des 235 km de vélo-lignes, nous aurons réalisé 17,5 km de rails, nous aurons fait près de 23 km de trottoirs, nous avons réalisé par jour 680 trajets en covoiturage gratuit et rémunérateur, nous avons équipé en vélo-assistance électrique en donnant une subvention de 500 euros. C’est un effort inégalé“.