Métropole de Montpellier : ZFE, une mise au point nécessaire en février

ACTU.FR / 16 DECEMBRE 2024

Cédric NITHARD

La Zone à Faibles Emissions -ZFE- entrera en vigueur au 1er janvier 2025. Face à la grogne de plusieurs élus de la Métropole de Montpellier, un nouveau vote aura lieu en février.

Un secteur congestionné aux heures de pointe.
La ZFE doit entrer en vigueur le 1er janvier 2025. (©CN / Métropolitain / Illustration)

La Zone à Faibles Émissions, plus connu sous le sigle ZFE, doit entrer en vigueur au 1er janvier 2025. Si Michaël Delafosse a déjà annoncé qu’il n’y aurait pas de contrôle et de verbalisation, plusieurs élus de la Métropole de Montpellier réclament un moratoireUn nouvelle délibération sera soumise au vote en février lors du prochain conseil de la collectivité où chacun devra alors se positionner sur la trajectoire que devra prendre la ZFE.

Une demande de moratoire

Sauf dérogation, au 1er janvier 2025, les véhicules diesel immatriculés avant 2011 et ceux essence immatriculés avant 2006, ainsi que les deux-roues motorisés immatriculés avant 2007, ne pourront plus circuler à Montpellier et dans dix communes de la métropole. Après les vignettes Crit’Air 5 et 4, au tour des 3 de rester au garage. 60 000 véhicules seraient ainsi concernés dans la métropole selon les données du ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. Une mesure nationale imposée en 2021 par la loi Climat et Résilience aux grandes agglomérations de plus de 150 000 habitants appliquée de différentes manières dans plusieurs métropoles comme Paris, Lyon, Nantes et Montpellier.

Avant le conseil de métropole de ce mardi 10 décembre, plusieurs voix s’étaient élevés afin de demander au préfet de l’Hérault et à Michaël Delafosse un moratoire sur la ZFE. S’il n’était pas prévu à l’ordre du jour, le débat s’y est invité par l’intermédiaire du maire de Castelnau-le-Lez au détour d’une affaire portant sur le covoiturage. « C’est la sagesse qui me guide, surtout pour répondre à des interrogations légitimes de mes collègues maires et de nos administrés » explique Frédéric Lafforgue en proposant un amendement. « Nous avons voté en grande majorité la ZFE en 2021 et son évolution réglementaire en zone de vigilance en 2023. Pour ma part sans regret, la ZFE n’est pas le sujet mais le contexte que nous subissons aujourd’hui nous met tous en difficulté pour son application sur notre territoire » souligne-t-il en mettant en avant les équipements de contrôle qui ne seront finalement pas fournis par l’État en 2025 et la non signalisation par des panneaux au bord des routes qui « entraine la non verbalisation et reporte de façon informelle la ZFE ». Et d’ajouter sur un autre point : « Le plus important est également l’impact social et économique. Nos administrés sont en difficulté avec la loi de finances qui confirme l’arrêt des aides pour un changement de véhicule ou la difficulté du marché de l’occasion et du neuf de répondre aux demandes de véhicules de Crit’Air 1 et 2 sur une courte période ».

Si Frédéric Lafforgue concède « les efforts consentis pour mettre en pratique la ZFE dans la métropole avec la gratuité des transports, la création de la ligne 5, l’extension de la ligne 1, l’extension du réseau de pistes cyclables… », il appuie : « Ces efforts seraient vains vis à vis de nos administrés si nous n’appliquons pas de façon claire, sans artifice, ce que nous avons voté dans cette assemblée. La clarté c’est la sagesse ». Et ainsi de demander à « sursoir le calendrier actuel de déploiement de la ZFE et de soumettre au conseil de métropole un nouveau calendrier par la proposition d’un moratoire concernant l’application de la ZFE permettant ainsi la prolongation de la circulation des véhicules Crit’Air 3 au sein de la métropole ».

Les maires prennent la parole

Ainsi, les maires de Baillargues, Beaulieu, Castelnau-le-Lez, Castries, Cournonsec, Couronterral, Fabrègues, Lattes, Lavérune, Montaud, Pérols, Pignan, Restinclières, Saint-Brès, Saint-Drézery, Saint-Georges-d’Orques, Saint-Géniès-des-Mourgues, Saint-Jean-de-Védas, Saussan et Sussarges ont voté ou vont demander un moratoire sur la ZFE au sein de leur conseil municipal. Soit 20 des 31 communes de la Métropole de Montpellier. Arnaud Moynier, maire de Beaulieu, a expliqué : « Il était important de relater la voix de ces territoires encore ruraux? Nous vivons une période tendue, est-ce vraiment le moment d’ajouter des contraintes à nos administrés ? L’autosolisme est le quotidien des villages. Qu’en sera-t-il lorsque nous aurons posé les panneaux au bord des routes ? Que feront nos policiers municipaux et les gendarmes ? ».Vidéos : en ce moment sur Actu

Cyril Meunier, maire de Lattes, a lui appuyé : « Cette demande d’amendement n’est pas contre la Métropole ni contre le plan mobilité et encore moins contre Michaël Delafosse et l’exécutif dont je suis fier de faire partie. Elle est contre la mesure complètement incohérente que nous impose l’État. À un moment donné, il faut que les collectivités tapent du poing sur la table et que l’on arrête de se faire prendre pour des cons. Aujourd’hui, interdire une catégorie de voitures sans que l’État y mette les moyens, je ne vois pas comment on fait ». Voyant passer 30 000 véhicules par jour accéder à Montpellier par Lattes, il interroge : « Nous sommes un certain nombre de communes à être des portes d’entrée dans la métropole. Comment faisons-nous demain si nous devons interdire à nos voisins qui n’ont aucune stratégie de ZFE et ils ont tort ? ».

Jean-Pierre Rico, maire de Pérols, ajoute : « Je ne mets pas en cause le bien fondé de la mesure. J’ai voté à deux reprises pour cette formule. Le constat aujourd’hui est qu’il y a beaucoup d’inquiétudes et d’incompréhension parmi la population de notre métropole mais également de nos voisins. Tout le monde a le sentiment d’être impacté. Il y a un manque de communication et un besoin d’éclaircissement nécessaire. Un autre soucis ce sont les mesures dérogatoires. Il y en a énormément, et elles rendront service à la population, mais elles ne pas connues et on ne connait pas les méthodes d’application ». Dernier maire à s’exprimer, celui de Saint-Brès, Laurent Jaoul résume à Michaël Delafosse : « Les prises de paroles des maires de Castelnau et de Lattes sont à considérer. Ils sont vos vice-présidents, cela démontre que nous ne sommes pas sur une affaire politique mais sur une affaire de bon sens et d’intérêt général. Il faut peser ce moment ».

Les oppositions montpelliéraines

Plus offensive, Alenka Doulain estime que le débat du jour « est assez révélateur du manque de préparation sur ce sujet (…) Je me réjouis car on avait tiré la sonnette d’alarme il y a 2-3 ans quant le calendrier de la ZFE a été mis en place car vu les moyens mis en place par l’État et la Métropole, c’est à dire zéro euro, on savait que les gens n’auraient pas de solution qui leur permettent de changer de véhicule ». Et de livrer son analyse : « Aujourd’hui, c’est un problème politique que nous avons. Quand on met en place des contraintes sans solution, cela pose des problèmes car cela rajoute de l’eau au moulin de l’écologie punitive. Et des mouvements politiques récoltent cette colère. Comme les Gilets Jaunes, la ZFE vient sédimenter un discours disant que l’écologie est hors sol ». La conseillère d’opposition montpelliéraine demande ainsi à Michaël Delafosse de prendre position sur le moratoire, de mettre en pause la ZFE et de « profiter de 2025 pour mettre en place une convention citoyenne permettant de retravailler les critères de la ZFE et mettre en place des mesures d’accompagnement pour les plus modestes ».

Tout aussi virulent au nom des écologistes sortis de l’exécutif, François Vasquez a mis en avant « l’hypocrisie écologique du système. S’adressant à Michaël Delafosse, il lance : « Ce qui vous fait persister dans votre erreur Monsieur le président c’est la volonté de prétendre de maintenir ou d’améliorer la qualité de l’air. Quelle hypocrisie phénoménale alors que dans le même temps vous êtes pour un COM, c’est à dire un autoroute urbain et pour l’implantation de deux incinérateurs à Lattes et Montpellier. J’ajoute que le dégagement de l’A9 et de l’A709 fera un effet cocktail avec ces structures industrielles ».  L’ancien vice-président résume sont point de vue : « C’est une ZFE de principe, d’affichage, hypocrite, injuste et finalement absurde.

Ne pas porter une politique gouvernementale

Faisant entendre la voix des Communistes, membre de l’exécutif, Clara Gimenez observe : « La politique de la Métropole en matière de mobilité est quand même très volontariste. Majoritairement, les habitants de la métropole ont pris le pli et ont décidé de changer leurs modalités de déplacement soit en se mettant aux transports gratuits, soit en se mettant au vélo… Il nous semble qu’il est contre productif de mettre en oeuvre cette ZFE qui continue de culpabiliser des habitants qui pourtant ont déjà changé un certain nombre d’habitudes pour répondre à l’enjeu climatique ».

De bons résultats, que la vice-présidente, déléguée à la Politique de la Ville et Cohésion sociale, ne voudrait pas voir ternis. « Il ne faudrait pas que l’on se retrouve, alors que nous menons une politique volontariste, à porter ici à la Métropole de Montpellier une politique gouvernementale, dont certains dans cette assemblée ont oublié qu’ils en ont fait parti et qu’ils l’ont soutenu, d’un gouvernement et d’un État qui n’a pas mis les moyens ni pour que les habitants puissent changer de véhicules ni pour créer les conditions d’une production suffisante de véhicule propre notamment en France ce qui aurait été vecteur d’emplois ».

Une défense de l’État

Ayant été la cible indirecte de quelques reproches, Patricia Mirallès défend : « J’entends beaucoup d’attaque contre la Macronie. La Macronie a quand même donné 6,5M€ pour l’amélioration des mobilités ce qui a permis Monsieur le Président d’améliorer les pistes cyclables et que vous avez offert le tram et donc que l’on doit partir du principe que vous avez amélioré la qualité de l’air sinon tout ces efforts sont vains. Je ne le pense pas. L’amélioration de la qualité de l’air à Montpellier et à la Métropole fait un bon chemin, il faudra un peu plus de temps et que tout le monde à son niveau participe à cet effort ».

L’ancienne secrétaire d’État explique par ailleurs : « J’ai été membre du gouvernement et je me suis toujours abstenue sur la ZFE parce qu’en 2023 Christophe Béchu (ndlr : ancien ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires) avait changé la manière de voir les choses. Aujourd’hui nous sommes dans une métropole de vigilance et non effective cela veut dire que l’on doit évidemment continuer nos efforts. Il y a la voiture électrique à 100€, la voiture dite Macron, le problème c’est que dans les quartiers populaires tout le monde ne peut pas recharger sa voiture ». Et de conclure : « Je crois sincèrement que ce n’est pas une attaque contre vous ou la Métropole, c’est un sujet qui nous concerne tous et sur lequel nous devons continuer à travailler ensemble ».

Comme les déchets ?

Seule voix à contre-courant, Bernard Modot, qui s’est prononcé contre le moratoire lors du conseil municipal de Lattes, explique : « Je suis ancien enseignant. La pédagogie c’est important mais le bâton ça l’est aussi. Oui, il n’y aura pas de bâton, pas de contrainte. Mais si on avait fait ça avec les déchets quand la Métropole déposait tout, sans trier, dans la décharge du Thôt à Lattes, si on avait reculé et fait des moratoires, jamais la population aurait appris à trier ce qui est devenu maintenant un geste tout à fait normal. Pour la ZFE c’est exactement pareil ».

L’élu complète son argumentation par l’exemple : « J’ai compté dans Lattes, sur 100 voitures, 42 n’avaient même pas sur leur pare-brise la vignette Crit’Air. C’est à dire que notre population trouve déjà que ce n’est pas important puisqu’il n’y aura pas de contrôle. Mais notre population ne connait pas les cartes et respire son air sans se rendre compte de ce qu’elle respire ». En concluant le ton grave :  « Je regrette, je prends ma responsabilité, mais en tant qu’enseignant, pour mon fils et les futures générations, je refuse que l’on recule et que l’on envoie un tel signal même s’il n’y aura pas de bâton ».

La qualité de l’air en question

Après, Marseille, Rouen et Strasbourg, qui ont récemment différé la mise en place de leur ZFE, Montpellier en fera-t-elle de même ? « C’est un sujet très compliqué. En 2021, quand nous avons fait le vote à partir de la loi Climat et Résilience tout le monde, à quelques exceptions, a adopté ce calendrier. Pourquoi avons nous cette trajectoire ? La question de la qualité de l’air c’est 40 000 décès par an, c’est la deuxième cause de mortalité après le tabac. Ce’est un enjeu. D’ailleurs la France a été condamnée à trois reprises pour mauvaise qualité de l’air. Nos voisins allemands et espagnols ont vingt ans d’avance sur nous » pose d’emblée Michaël Delafosse qui rappelle, un peu amer, une des premières visioconférences avec Emmanuel Macron dans laquelle ce dernier demandait aux maires d’y « aller à fond sur les ZFE, car l’État était là ».

Le président révèle ensuite : « Nos données sur la qualité de l’air de la Métropole de Montpellier ne seront pas satisfaisantes. Les compteurs qui ont évalué la qualité de l’air à Montpellier étaient à Saint-Denis. Nous avons fait le choix de faire la Ligne 5 de tramway et d’étendre la piétonisation donc la qualité de l’air s’est améliorée. Maintenant, les compteurs sont devant vos enfants à Mermoz, Joffre, à l’entrée de la ville où il y a des deux fois trois voies. Nous aurons les indicateurs et nous savons que de zone de vigilance nous allons passer à zone d’obligation. Nous ne prenons pas cette décision à la légère car elle nous préoccupe. Sur les 40 000 décès au niveau national, il y en a une partie ici ».

Un vote en février

La mise en place de la ZFE s’appliquant progressivement depuis 2022, Michaël Delafosse explique : « Nous avons dit qu’il fallait ce calendrier car quand les gens changent de voiture il faut qu’ils aient de la clarté. C’est ce que j’appelle la pédagogie pour que chacun sache notre trajectoire. C’est pour ça que nous avons assumé depuis le début de ne pas faire de contrôle. Et il n’y a eu aucun PV. C’est donc une ZFE de trajectoire et de pédagogie ».

Peu enclin habituellement à faire marche arrière, le président de la Métropole concède toutefois : « Ce que je vous propose c’est de recevoir les réserves des uns et des autres, je suis prêt à recevoir l’ensemble des maires sur ce point et que lors du prochain conseil on voit et on objective la décision. Il y aura un vote pour bien préciser les choses. Nous inviterons les responsables d’Atmo France et nous prendrons une décision en connaissance de cause ». En attendant février, Michaël Delafosse se joint à Bernard Modot : « Je le dis avec beaucoup de force, nous ne devons pas envoyer de signal de recul sur ce sujet ». Et de préciser en conclusion : « Si jamais on repasse en territoire d’alerte, les panneaux seront mis en place ». Et donc les contrôles et verbalisations… Il ne sera alors plus question de pédagogie.