HERAULT TRIBUNE / 18 NOVEMBRE 2024
Louise BRAHITI
La mairie de Montpellier est secouée par un séisme politico-financier. Le 14 novembre, la brigade financière a mené une perquisition retentissante, dans la foulée des révélations d’un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) publié en 2023. Décryptage.

Un coût faramineux
Parmi les anomalies relevées, la CRC a identifié 297 agents municipaux sans affectation qui continuent pourtant de percevoir leur salaire, engendrant une perte annuelle de 10 millions d’euros. “C’est la première fois que nous voyons une telle ampleur du phénomène, affirme Valérie Renet, présidente de la CRC. À Montpellier, 8 % des agents municipaux ne disposent d’aucune affectation. À Marseille, le problème existe, mais à une échelle bien plus réduite.” Face aux spéculations médiatiques évoquant des emplois fictifs, elle clarifie : “Le rapport de la CRC ne parle pas d’emplois fictifs. Ce terme impliquerait une intention délibérée. Ce n’est pas notre rôle de qualifier pénalement les faits, mais de signaler des anomalies.”
Autre zone d’ombre pointée par le rapport : l’absentéisme généralisé. “Les agents cumulaient en moyenne 44 jours d’absence par an, soit 50 % de plus que dans d’autres collectivités locales, poursuit-elle. Ces dysfonctionnements, cumulés à d’autres défaillances de gestion, coûtent 37 millions d’euros par an.”
L’opposition réclame des comptes
La récente perquisition menée à la mairie de Montpellier a provoqué une vive réaction de l’opposition, qui réclame des explications. Pour Salim Jawhari, élu du groupe L’Alliance et président de la commission des finances, ces problématiques ne datent pas d’hier : “Nous n’avons cessé d’alerter sur cette situation anormale, en conseil municipal, par courrier, lors des commissions des finances mais aussi par voie de presse. Nous n’avons jamais été entendus”, déplore-t-il. Interrogeant directement le maire, il ajoute : “Michaël Delafosse doit des explications aux Montpelliérains. Était-il au courant de ces agissements ou son administration lui a-t-elle caché ?”.
De leur côté, les écologistes de Europe Écologie Les Verts (EELV) Montpellier s’inquiètent des répercussions de ces affaires sur l’image de la ville. Dans un communiqué, ils déclarent : “L’image de notre ville est détériorée par toutes ces affaires. D’autant plus que la gestion catastrophique de nos finances par l’exécutif obère l’avenir de Montpellier. Toute la lumière doit être faite sur ces dossiers.”
Redresser la situation
Depuis son élection en 2020, Michaël Delafosse assure s’être engagé à réformer la gestion des ressources humaines. Contactée par notre rédaction, la municipalité déclare “collaborer pleinement avec les enquêteurs” et souligne “avoir mis en œuvre des mesures pour corriger les dysfonctionnements relevés” par la CRC. Selon la mairie, sur les 21 recommandations formulées par la CRC en 2023, “13 étaient déjà mises en œuvre en juin 2023, et 18 le sont désormais.” Ces réformes incluent le passage aux 1607 heures et le plan de lutte contre l’absentéisme [intégré dans une refonte des pratiques RH].
De son côté, la CRC insiste sur l’ampleur des défis : “La situation s’est installée sur plusieurs années. Redresser la barre nécessitera un effort soutenu.” Un suivi sera assuré pour évaluer les progrès, notamment dans le rapport public annuel de la Cour des comptes attendu en mars 2025. Pour Montpellier, le compte à rebours est lancé. À Valérie Renet de conclure : “Cette situation est un signal d’alarme pour toutes les collectivités locales. La rigueur dans la gestion des ressources humaines n’est pas une option.”